la lettre photo
“L’émancipation lyophilisée de l’amateur”
Signalement d’un billet de Nicolas Thély qui travaille la question de l’amateur, dans la suite de ses travaux antérieurs : deux ouvrages : Vu à la webcam (essai sur la web-intimité) et Mes Favoris.
Je copie/colle ci-dessous quelques lignes qui ont a voir avec ce qui me turlupine avec la situation d’opérateur
La manière dont la sociologie de Patrice Flichy et les publicités d’Apple vantent l’émancipation de l’amateur me rappelle la manière dont l’industrie agro-alimentaire a vanté l’émancipation de la femme occidentale dans les années 1970, notamment au travers de cette publicité pour la purée lyophilisée. Je conçois que cette analogie puisse faire sourire – elle est peu scientifique et un peu démagogique, mais elle manifeste pour moi le même engouement que Patrice Flichy a pour l’émancipation de l’amateur.
Ici je ne critique pas le goût de la purée Mousseline [je note : voir spot ici], je ne fais pas l’éloge de la purée faîte maison, certainement réalisée à base de pommes de terre déjà sélectionnée en amont par l’industrie agro-alimentaire. Ici, j’attire votre attention sur le fait qu’en préparant cette purée, je mets entre les mains de l’industrie agro-alimentaire ma satisfaction, mon envie de faire plaisir. De fait, j’accepte l’idée que l’industrie agro-alimentaire me prive de l’envie de savoir faire de la purée. Donc je consulte la notice, le mode d’emploi imprimé sur le dos du paquet. Mode d’emploi dans lequel sont « encodés » certains savoir-faire : le choix de la bonne variété de pomme de terre, le temps de cuisson, le dosage des ingrédients, etc. Je m’abstiens alors de consulter une recette, celle de ma grand-mère ou de la fiche de cuisine ELLE qui, elle, transmet un savoir-faire. Le principe de la lyophilisation a donc transformé ma conception du savoir-faire : grâce à cette purée, j’ai la garantie (un peu fausse et naïve) d’un plat réussi et qui a toujours le même goût.
Il me semble qu’il en va de même avec les pratiques amateurs. Voilà pourquoi je parle de lyophilisation de l’émancipation de l’amateur. C’est une métaphore. Mais mon point de vue recoupe également de nombreuses analyses réalisées de manières dispersées depuis une quinzaine d’années par des chercheurs et des artistes. Je pense à Matthew Fuller (Word), à Lev Manovich (Photoshop, Flash) et à Franck Frommer (PowerPoint). Tous s’accordent sur les points suivants :
- les savoir-faire sont encodés dans les menus déroulants ;
- il faut apprendre sur le tas l’usage de ces logiciels ;
- ces logiciels donnent le sentiment d’être créatif ;
- les modes d’emplois n’expliquent pas comment faire un bon discours, une belle image et un bon texte ;
- on ne parle pas d’amateurs, mais d’utilisateurs. C’est déjà plus juste même si c’est moins valorisant.
Que font ces usagers de bien d’équipements audiovisuels et informatiques à l’époque d’Internet ? Ils photographient, ils filment. Mais comme le remarque André Gunthert, ils consultent plus qu’ils ne produisent réellement. Leurs pratiques relèvent d’un « art moyen » (Bourdieu) et les formes les plus créatives sont les formes autobiographiques, les collages et les remix.
en chansons
Petite playlist photo
A suivre…
primate
Un lien vers un article de Ph. De Jonckheere qui signale un abus caractérisé du copyright. Le singe en habit de photographe, ou est-ce l’inverse ?
fuite

La règle du jeu que s’est fixé Muggezifter est simple : paramétrer le retardateur de l’appareil photo sur 2 secondes, puis courir droit devant, dans le champ couvert par l’appareil jusqu’à ce que le déclenchement se produise. Invariablement, ce protocole est rejoué dans des lieux différents. C’est d’ailleurs ce qui émerge, une fois passé l’amusement suscité par l”incongruité : la figure figée du coureur, de dos, récurrente, rend le lieux plus étrange, plus captivant. Il est comme un personnage récurrent dont la seule présence au lieu participe à le requalifier.
L’idée, toute farfelue qu’elle soit, renvoie cependant à une approche assez singulière de l’identité : en pénétrant, par un décalage mécanique, dans l’image qu’il réalise, le photographe quitte le hors-champ, celui de l’opérateur, pour entrer dans le cadre en tant que sujet. Ce passage, rejoué à chaque prise de vue, suppose que l’identité du photographe se construise sur un mouvement proche de la fuite. C’est pourtant une fuite feinte, que la saisie photographique fige, comme courue d’avance.
attachement

Il y a “faire”, et puis “re-faire”; il y a “se faire”, et puis “se faire re-faire”. Photographier, re-photographier, se faire photographier, photographier se faire photographier. Tout cela suppose : - du temps; - des gestes (dont la main qui apparait à l’image); - un lieu (terrain de jeu/je); - un sujet (l’enfant, souvent). Au cœur de cet arrangement, c’est de mémoire qu’il s’agit.
L’exercice de remémoration en passe ici par le dispositif photographique, qui est affiché comme tel : une photo re-photgraphiée. L’agencement d’une image photographique dans son contexte initiale de prise de vue rend la mémoire inséparable du lieu. Le lien au lieu est ici réactualisé par une sorte de reconstitution à finalité photographique que l’un des acteurs de la scène initiale décide de rejouer. Ces photos paraissent construites selon une structure pronominale réfléchie induisant un déplacement. Du rôle de sujet photographié celui-ci devient à son tour photographe. Cette capacité au déplacement dans l’espace et dans le temps est une des caractéristiques de l’acte d’opérer en photographie; plus qu’une simple caractéristique, elle peut constituer un véritable registre expressif qui dit l’attachement au lieu.


