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quête

Alice dans les villes, réalisé par Wim Wenders en 1973 est un film imprégné de (la) photographie. Elle participe notamment à l’expression d’un rapport existentiel du personnage principal au réel (voir cette analyse de Catherine Gheselle). 

Parmi les différentes scènes qui donnent lieu à manipulation d’images photographiques, je voudrais m’arrêter sur l’une d’entre elle car elle met en évidence  différents registres d’images qui sont à l’œuvre dans une situation d’enquête. Philip, journaliste, tente d’aider Alice à retrouver la maison de sa grand-mère. Dans l’errance qui les conduits dans différentes villes, Alice se décide à montrer à Philip une photographie, qu’elle s’était bien gardée de montrer jusque là, et qui figure la maison en question. Armés de ce document, ils parcourent quelques villes de la Ruhr, sollicitent les habitants en montrant l’image qui, pour la plupart, n’évoque rien de précis. La déambulation en voiture finit bientôt par payer : au détour d’un virage, assise à l’arrière de la voiture, Alice reconnaît le lieu, l’image photographique se superpose au réel. Il faut noter qu’à cet instant Alice n’a pas l’image photographique de la maison entre les mains, mais une série de photos d’identité qu’elle vient de réaliser avec Philip dans une cabine automatique. L’image de la maison est pour elle une image mentale dont la matérialisation n’est nécessaire que pour entrer en contact avec autrui. C’est Philip qui consulte la photo pour s’assurer que le lieu est bien conforme à l’image, osant à peine croire à l’issu de leur quête. Pour Alice la photo de la maison est un document qui certifie l’existence du lieu dont elle a un souvenir parcellaire; cette image matérielle ne compte pour elle que comme un indice qui contribue à la reconnaissance : c’est parce qu’elle connaît le lieu qu’elle le reconnaît, même si c’est le chemin qui mène au lieu qui fait défaut. Pour Philip, la maison n’existe que sur l’image matérielle, sa connaissance du lieu est limité à ce que la photo lui apprend; si le réel ne se conforme pas à l’image matérielle qu’il a sous les yeux, l’identification est en échec.

Ce court extrait permet de saisir l’apport de l’image dans une situation de recherche d’un lieu : moyen de visualisation censé aider les enquêteurs auprès des enquêtés, il suppose une connaissance faisant coïncider image mentale et image matérielle.

extrait vidéo (à partir de 4:55 min.)


Alice dans les villes 5

Publié le 4 avril 2012,

ignorant

La photo tient une place significative dans le film Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher (cf. billet d’André Gunthert), le dialogue des interfaces (ordinateur, album photo, fonds photos d’un quotidien) dit bien la continuité de la réception de l’image photographique depuis la bascule dans le numérique, sa valeur probatoire.

Dans de nombreux films requérant l’image photographique comme preuve dans une enquête, il est fait peu de cas de celui/celle qui aura, pour une raison ou pour une autre réalisé cette/ces image(s). Un des tournants du présent film tient dans le repérage par le duo d’enquêteur d’un détail sur une photo de presse, ou plutôt une série de photos de presse (une suite de photos des années 50 numérisées et assemblées pour en faire un très court slow motion) : au moment précis où la supposée victime apparaît à l’image marquer un recul - aurait-elle vu  à cet instant son agresseur ? - une femme située à l’arrière plan est en train de photographier le contre-champ de l’image. Le jeu champ/contre-champ - voir une femme voir son hypothétique agresseur, visible comme par réfraction via l’image réalisée par une passante - fait rebondir l’intrigue et l’oriente dès lors vers une piste plus sérieuse. Contactée par les enquêteurs la photographe retrouve l’image réalisée à l’occasion de sa lune de miel, soigneusement rangée dans son album photo, et qui constitue dès lors la première étape de l’élucidation de l’enquête. En plaçant le rebondissement de l’histoire sur une image réalisée par une photographe amateur  ignorant tout de ce qui se joue ses yeux, le scénario semble tenir l’opération d’enregistrement photographique pour un acte qui dépasse l’intention de celui qui la réalise. Dans ces conditions, la photographe n’est pas tenue pour être l’auteur de l’image mais comme rétrogradée au stade de l’opératrice dont l’ignorance constitue un élément décisif de l’intrigue.

Publié le 11 mars 2012,
classé dans opérateur

retrait

(photo MHT)

En discussion avec un bénévole d’une association travaillant à la sauvegarde de la culture ouvrière de la construction navale nantaise, il apparaît que la bonne photographie, celle qu’il cherche, est celle qui n’est pas pausée. Son intérêt va vers les photos qui montrent l’ouvrier en action, sa gestuelle, dans la quasi méconnaissance de l’image en cours de réalisation, au naturel. Commentant une photo où un ouvrier à son poste de travail regarde dans la direction du photographe, le bénévole affirme clairement que ce genre d’images ne l’intéresse pas car on n’y voit pas le travail, mais plutôt la relation qui eut lieu le temps de la réalisation de la photo entre l’ouvrier et le photographe. La valeur que le bénévole accorde aux photos est fonction du degré de transparence du dispositif, plus il s’efface mieux on y voit. La capacité du photographe à s’absenter est une valeur sûre.      

Publié le 7 mars 2012,
classé dans opérateur

sans images

photo AM Filaire

“Une journée sans images”   Un essai radiophonique d’Anne-Marie Filaire

Quand “une journée sans images” laisse place à un autre type d’enregistrement du réel : captation sonore d’une journée singulière que réalise la photographe Anne-Marie Filaire dans un contexte de violences urbaines au Yémen. Les sons deviennent le support d’une exploration/introspection sur la création d’images. Les mots à défaut d’image - les mots pour aider à les voir et à les faire.

http://www.franceculture.com/emission-atelier-de-creation-radiophonique-face-a-20-juillet-2005-sanaa-une-journee-sans-images-face

Publié le 8 février 2012,
classé dans opérateur notes

Saint-Pierre de Rome - juin 2011

Publié le 1 février 2012,
classé dans opérateur

Publié le 24 novembre 2011,
classé dans artefact

Publié le 24 novembre 2011,
classé dans artefact

Audrey Leignel (série “Que sont-ils devenus ?”

Audrey Leignel (série “Que sont-ils devenus ?

Publié le 18 novembre 2011,
classé dans citation

“L’émancipation lyophilisée de l’amateur”

Signalement d’un billet de Nicolas Thély qui travaille la question de l’amateur, dans la suite de ses travaux antérieurs : deux ouvrages : Vu à la webcam (essai sur la web-intimité) et Mes Favoris.

Je copie/colle ci-dessous quelques lignes qui ont a voir avec ce qui me turlupine avec la situation d’opérateur

La manière dont la sociologie de Patrice Flichy et les publicités d’Apple vantent l’émancipation de l’amateur me rappelle la manière dont l’industrie agro-alimentaire a vanté l’émancipation de la femme occidentale dans les années 1970, notamment au travers de cette publicité pour la purée lyophilisée. Je conçois que cette analogie puisse faire sourire – elle est peu scientifique et un peu démagogique, mais elle manifeste pour moi le même engouement que Patrice Flichy a pour l’émancipation de l’amateur.

Ici je ne critique pas le goût de la purée Mousseline [je note : voir spot ici], je ne fais pas l’éloge de la purée faîte maison, certainement réalisée à base de pommes de terre déjà sélectionnée en amont par l’industrie agro-alimentaire. Ici, j’attire votre attention sur le fait qu’en préparant cette purée, je mets entre les mains de l’industrie agro-alimentaire ma satisfaction, mon envie de faire plaisir. De fait, j’accepte l’idée que l’industrie agro-alimentaire me prive de l’envie de savoir faire de la purée. Donc je consulte la notice, le mode d’emploi imprimé sur le dos du paquet. Mode d’emploi dans lequel sont « encodés » certains savoir-faire : le choix de la bonne variété de pomme de terre, le temps de cuisson, le dosage des ingrédients, etc. Je m’abstiens alors de consulter une recette, celle de ma grand-mère ou de la fiche de cuisine ELLE qui, elle, transmet un savoir-faire. Le principe de la lyophilisation a donc transformé ma conception du savoir-faire : grâce à cette purée, j’ai la garantie (un peu fausse et naïve) d’un plat réussi et qui a toujours le même goût.

Il me semble qu’il en va de même avec les pratiques amateurs. Voilà pourquoi je parle de lyophilisation de l’émancipation de l’amateur. C’est une métaphore. Mais mon point de vue recoupe également de nombreuses analyses réalisées de manières dispersées depuis une quinzaine d’années par des chercheurs et des artistes. Je pense à Matthew Fuller (Word), à Lev Manovich (Photoshop, Flash) et à Franck Frommer (PowerPoint). Tous s’accordent sur les points suivants :

 -       les savoir-faire sont encodés dans les menus déroulants ;

-       il faut apprendre sur le tas l’usage de ces logiciels ;

-       ces logiciels donnent le sentiment d’être créatif ;

-       les modes d’emplois n’expliquent pas comment faire un bon discours, une belle image et un bon texte ;

-       on ne parle pas d’amateurs, mais d’utilisateurs. C’est déjà plus juste même si c’est moins valorisant.

 Que font ces usagers de bien d’équipements audiovisuels et informatiques à l’époque d’Internet ? Ils photographient, ils filment. Mais comme le remarque André Gunthert, ils consultent plus qu’ils ne produisent réellement. Leurs pratiques relèvent d’un « art moyen » (Bourdieu) et les formes les plus créatives sont les formes autobiographiques, les collages et les remix.

http://esthetique.hypotheses.org/408

Publié le 10 novembre 2011,
classé dans opérateur

en chansons

Petite playlist photo

A suivre…

Publié le 11 octobre 2011,
classé dans discours