fuite

La règle du jeu que s’est fixé Muggezifter est simple : paramétrer le retardateur de l’appareil photo sur 2 secondes, puis courir droit devant, dans le champ couvert par l’appareil jusqu’à ce que le déclenchement se produise. Invariablement, ce protocole est rejoué dans des lieux différents. C’est d’ailleurs ce qui émerge, une fois passé l’amusement suscité par l”incongruité : la figure figée du coureur, de dos, récurrente, rend le lieux plus étrange, plus captivant. Il est comme un personnage récurrent dont la seule présence au lieu participe à le requalifier.
L’idée, toute farfelue qu’elle soit, renvoie cependant à une approche assez singulière de l’identité : en pénétrant, par un décalage mécanique, dans l’image qu’il réalise, le photographe quitte le hors-champ, celui de l’opérateur, pour entrer dans le cadre en tant que sujet. Ce passage, rejoué à chaque prise de vue, suppose que l’identité du photographe se construise sur un mouvement proche de la fuite. C’est pourtant une fuite feinte, que la saisie photographique fige, comme courue d’avance.