ignorant

La photo tient une place significative dans le film Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher (cf. billet d’André Gunthert), le dialogue des interfaces (ordinateur, album photo, fonds photos d’un quotidien) dit bien la continuité de la réception de l’image photographique depuis la bascule dans le numérique, sa valeur probatoire.
Dans de nombreux films requérant l’image photographique comme preuve dans une enquête, il est fait peu de cas de celui/celle qui aura, pour une raison ou pour une autre réalisé cette/ces image(s). Un des tournants du présent film tient dans le repérage par le duo d’enquêteur d’un détail sur une photo de presse, ou plutôt une série de photos de presse (une suite de photos des années 50 numérisées et assemblées pour en faire un très court slow motion) : au moment précis où la supposée victime apparaît à l’image marquer un recul - aurait-elle vu à cet instant son agresseur ? - une femme située à l’arrière plan est en train de photographier le contre-champ de l’image. Le jeu champ/contre-champ - voir une femme voir son hypothétique agresseur, visible comme par réfraction via l’image réalisée par une passante - fait rebondir l’intrigue et l’oriente dès lors vers une piste plus sérieuse. Contactée par les enquêteurs la photographe retrouve l’image réalisée à l’occasion de sa lune de miel, soigneusement rangée dans son album photo, et qui constitue dès lors la première étape de l’élucidation de l’enquête. En plaçant le rebondissement de l’histoire sur une image réalisée par une photographe amateur ignorant tout de ce qui se joue ses yeux, le scénario semble tenir l’opération d’enregistrement photographique pour un acte qui dépasse l’intention de celui qui la réalise. Dans ces conditions, la photographe n’est pas tenue pour être l’auteur de l’image mais comme rétrogradée au stade de l’opératrice dont l’ignorance constitue un élément décisif de l’intrigue.


