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ignorant

La photo tient une place significative dans le film Millenium, les hommes qui n’aimaient pas les femmes de David Fincher (cf. billet d’André Gunthert), le dialogue des interfaces (ordinateur, album photo, fonds photos d’un quotidien) dit bien la continuité de la réception de l’image photographique depuis la bascule dans le numérique, sa valeur probatoire.

Dans de nombreux films requérant l’image photographique comme preuve dans une enquête, il est fait peu de cas de celui/celle qui aura, pour une raison ou pour une autre réalisé cette/ces image(s). Un des tournants du présent film tient dans le repérage par le duo d’enquêteur d’un détail sur une photo de presse, ou plutôt une série de photos de presse (une suite de photos des années 50 numérisées et assemblées pour en faire un très court slow motion) : au moment précis où la supposée victime apparaît à l’image marquer un recul - aurait-elle vu  à cet instant son agresseur ? - une femme située à l’arrière plan est en train de photographier le contre-champ de l’image. Le jeu champ/contre-champ - voir une femme voir son hypothétique agresseur, visible comme par réfraction via l’image réalisée par une passante - fait rebondir l’intrigue et l’oriente dès lors vers une piste plus sérieuse. Contactée par les enquêteurs la photographe retrouve l’image réalisée à l’occasion de sa lune de miel, soigneusement rangée dans son album photo, et qui constitue dès lors la première étape de l’élucidation de l’enquête. En plaçant le rebondissement de l’histoire sur une image réalisée par une photographe amateur  ignorant tout de ce qui se joue ses yeux, le scénario semble tenir l’opération d’enregistrement photographique pour un acte qui dépasse l’intention de celui qui la réalise. Dans ces conditions, la photographe n’est pas tenue pour être l’auteur de l’image mais comme rétrogradée au stade de l’opératrice dont l’ignorance constitue un élément décisif de l’intrigue.

Publié le 11 mars 2012,
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retrait

(photo MHT)

En discussion avec un bénévole d’une association travaillant à la sauvegarde de la culture ouvrière de la construction navale nantaise, il apparaît que la bonne photographie, celle qu’il cherche, est celle qui n’est pas pausée. Son intérêt va vers les photos qui montrent l’ouvrier en action, sa gestuelle, dans la quasi méconnaissance de l’image en cours de réalisation, au naturel. Commentant une photo où un ouvrier à son poste de travail regarde dans la direction du photographe, le bénévole affirme clairement que ce genre d’images ne l’intéresse pas car on n’y voit pas le travail, mais plutôt la relation qui eut lieu le temps de la réalisation de la photo entre l’ouvrier et le photographe. La valeur que le bénévole accorde aux photos est fonction du degré de transparence du dispositif, plus il s’efface mieux on y voit. La capacité du photographe à s’absenter est une valeur sûre.      

Publié le 7 mars 2012,
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sans images

photo AM Filaire

“Une journée sans images”   Un essai radiophonique d’Anne-Marie Filaire

Quand “une journée sans images” laisse place à un autre type d’enregistrement du réel : captation sonore d’une journée singulière que réalise la photographe Anne-Marie Filaire dans un contexte de violences urbaines au Yémen. Les sons deviennent le support d’une exploration/introspection sur la création d’images. Les mots à défaut d’image - les mots pour aider à les voir et à les faire.

http://www.franceculture.com/emission-atelier-de-creation-radiophonique-face-a-20-juillet-2005-sanaa-une-journee-sans-images-face

Publié le 8 février 2012,
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Saint-Pierre de Rome - juin 2011

Publié le 1 février 2012,
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“L’émancipation lyophilisée de l’amateur”

Signalement d’un billet de Nicolas Thély qui travaille la question de l’amateur, dans la suite de ses travaux antérieurs : deux ouvrages : Vu à la webcam (essai sur la web-intimité) et Mes Favoris.

Je copie/colle ci-dessous quelques lignes qui ont a voir avec ce qui me turlupine avec la situation d’opérateur

La manière dont la sociologie de Patrice Flichy et les publicités d’Apple vantent l’émancipation de l’amateur me rappelle la manière dont l’industrie agro-alimentaire a vanté l’émancipation de la femme occidentale dans les années 1970, notamment au travers de cette publicité pour la purée lyophilisée. Je conçois que cette analogie puisse faire sourire – elle est peu scientifique et un peu démagogique, mais elle manifeste pour moi le même engouement que Patrice Flichy a pour l’émancipation de l’amateur.

Ici je ne critique pas le goût de la purée Mousseline [je note : voir spot ici], je ne fais pas l’éloge de la purée faîte maison, certainement réalisée à base de pommes de terre déjà sélectionnée en amont par l’industrie agro-alimentaire. Ici, j’attire votre attention sur le fait qu’en préparant cette purée, je mets entre les mains de l’industrie agro-alimentaire ma satisfaction, mon envie de faire plaisir. De fait, j’accepte l’idée que l’industrie agro-alimentaire me prive de l’envie de savoir faire de la purée. Donc je consulte la notice, le mode d’emploi imprimé sur le dos du paquet. Mode d’emploi dans lequel sont « encodés » certains savoir-faire : le choix de la bonne variété de pomme de terre, le temps de cuisson, le dosage des ingrédients, etc. Je m’abstiens alors de consulter une recette, celle de ma grand-mère ou de la fiche de cuisine ELLE qui, elle, transmet un savoir-faire. Le principe de la lyophilisation a donc transformé ma conception du savoir-faire : grâce à cette purée, j’ai la garantie (un peu fausse et naïve) d’un plat réussi et qui a toujours le même goût.

Il me semble qu’il en va de même avec les pratiques amateurs. Voilà pourquoi je parle de lyophilisation de l’émancipation de l’amateur. C’est une métaphore. Mais mon point de vue recoupe également de nombreuses analyses réalisées de manières dispersées depuis une quinzaine d’années par des chercheurs et des artistes. Je pense à Matthew Fuller (Word), à Lev Manovich (Photoshop, Flash) et à Franck Frommer (PowerPoint). Tous s’accordent sur les points suivants :

 -       les savoir-faire sont encodés dans les menus déroulants ;

-       il faut apprendre sur le tas l’usage de ces logiciels ;

-       ces logiciels donnent le sentiment d’être créatif ;

-       les modes d’emplois n’expliquent pas comment faire un bon discours, une belle image et un bon texte ;

-       on ne parle pas d’amateurs, mais d’utilisateurs. C’est déjà plus juste même si c’est moins valorisant.

 Que font ces usagers de bien d’équipements audiovisuels et informatiques à l’époque d’Internet ? Ils photographient, ils filment. Mais comme le remarque André Gunthert, ils consultent plus qu’ils ne produisent réellement. Leurs pratiques relèvent d’un « art moyen » (Bourdieu) et les formes les plus créatives sont les formes autobiographiques, les collages et les remix.

http://esthetique.hypotheses.org/408

Publié le 10 novembre 2011,
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Jasper Elings, Flashings in the mirror

Publié le 7 octobre 2011,
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primate

Un lien vers un article de Ph. De Jonckheere qui signale un abus caractérisé du copyright. Le singe en habit de photographe, ou est-ce l’inverse ?

Publié le 29 août 2011,
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fuite

La règle du jeu que s’est fixé Muggezifter est simple : paramétrer le retardateur de l’appareil photo sur 2 secondes, puis courir droit devant, dans le champ couvert par l’appareil jusqu’à ce que le déclenchement se produise. Invariablement, ce protocole est rejoué dans des lieux différents. C’est d’ailleurs ce qui émerge, une fois passé l’amusement suscité par l”incongruité : la figure figée du coureur, de dos, récurrente, rend le lieux plus étrange, plus captivant. Il est comme un personnage récurrent dont la seule présence au lieu participe à le requalifier.

L’idée, toute farfelue qu’elle soit, renvoie cependant à une approche assez singulière de l’identité : en pénétrant, par un décalage mécanique, dans l’image qu’il réalise, le photographe quitte le hors-champ, celui de l’opérateur, pour entrer dans le cadre en tant que sujet. Ce passage, rejoué à chaque prise de vue, suppose que l’identité du photographe se construise sur un mouvement proche de la fuite. C’est pourtant une fuite feinte, que la saisie photographique fige, comme courue d’avance.

Publié le 18 juillet 2011,
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attachement

http://dearphotograph.com/

Il y a “faire”, et puis “re-faire”; il y a “se faire”, et puis  “se faire re-faire”. Photographier, re-photographier,  se faire photographier, photographier se faire photographier. Tout cela suppose : - du temps; - des gestes (dont la main qui apparait à l’image); - un lieu (terrain de jeu/je); - un sujet (l’enfant, souvent). Au cœur de cet arrangement, c’est de mémoire qu’il s’agit. 


L’exercice de remémoration en passe ici par le dispositif photographique, qui est affiché comme tel : une photo re-photgraphiée. L’agencement d’une image photographique dans son contexte initiale de prise de vue rend la mémoire inséparable du lieu. Le lien au lieu est ici réactualisé par une sorte de reconstitution à finalité photographique que l’un des acteurs de la scène initiale décide de rejouer. Ces photos paraissent construites selon une structure pronominale réfléchie induisant un déplacement. Du rôle de sujet photographié celui-ci devient à son tour photographe. Cette capacité au déplacement dans l’espace et dans le temps est une des caractéristiques de l’acte d’opérer en photographie; plus qu’une simple caractéristique, elle peut constituer un véritable registre expressif qui dit l’attachement au lieu.

Publié le 6 juillet 2011,
classé dans opérateur notes